C'est la fête des Pères. Ces hommes qu'on aime, qu'on admire. Ces hommes qui nous réconfortent quand on a peur, qui nous consolent en cachette quand maman est trop sévère, qui bien souvent nous donnent la confiance nécessaire pour avancer et explorer la vie.
Le mien est décédé il y a 20 ans et quelques jours déjà. Le mien aussi était plus fort que le tien! Maurice ne parlait pas beaucoup et bien sûr, lorsqu'il le faisait, personne ne voulait manquer un mot de ce qu'il disait. Mon père c'était ma sécurité, mes racines dans la terre... c'était mon arbre. C'était un homme sans grande histoire. Un homme simple, affable, discret. Ce qui ne l'empêchait pas d'être taquin.
De toute ma vie, il ne m'a punit qu'une seule fois. J'ai 6 ans tout au plus. Les soeurs de ma mère, Tante Rollande et Tante Thérèse viennent nous visiter régulièrement à Thurso. La partie de hockey est diffusée exceptionnellement en après-midi. Comme toujours, je regarde la partie bien installée par terre, adossée sur la gauche du fauteuil de mon papa. C'est MA place qu'on se le tienne pour dit.
Voilà que ma mère et mes tantes se mettent à jaser... d'autres choses que de hockey et c'est assez animé. C'est une règle que je n'ai jamais transgressée. Quand on regarde le hockey avec Maurice, on regarde le hockey... on ne parle pas cuisine!
Me voilà bien ennuyée parce que j'entends mal les commentaires de René Lecavalier. J'attends un peu, faut quand même restée polie, mais plus le temps passe plus ça jase fort et moins j'entends ce qui se dit à la télé. Je suis bien étonnée que mon père ne s'impatiente pas et ne rétablisse pas la situation. Silence, on écoute le hockey! ... Ce n'est pas mon père qui l'a dit, c'est moi.
Silence dans le salon. Ma mère a dû s'étouffer avec sa gorgée de thé, mes tantes ne disent pas un mot non plus. Je sens simplement le doigt de mon père sur mon épaule. Je me retourne pour le voir me pointer la direction de ma chambre. C'est tout ce qu'il dit: « Ta chambre». Je me lève sans dire un mot. Je suis estomaquée, que dis-je, foudroyée! Mon père qui me punit?
Je suis restée dans ma chambre pour le reste de la partie et bien au-delà. Le souper avait eu lieu, ils en étaient au dessert. Ma mère, probablement aussi décontenancée que moi, n'osait rien dire. J'ai ramassé tout mon courage et j'ai enfin ouvert la porte de ma chambre : «Papa, est-ce que je peux sortir?»
Tellement peu habitué de punir qui que ce soit dans la maison, il m'avait complètement oublié! Mon père m'avait oublié. Il s'est confondue en excuse, le pauvre, il était tellement malheureux. Aucun besoin de vous dire que dans la semaine qui a suivi, j'ai eu pas mal tout ce que je voulais. Des chips et du chocolat au dépanneur jusqu'aux permissions de veiller plus tard pour regarder Ô ultime bonheur, Moi et l'autre. Après une semaine de ce cirque, ma mère a mis son pied à terre, ça avait assez duré. Elle a demandé à mon père de retourner à ses vieilles habitudes et de la laisser s'occuper de la discipline...
Mon daddy, il était vraiment plus fort que le tien...
Aujourd'hui, je dis bonne fête des pères à ceux que j'aime en commençant par celui de mes enfants. C'est un merveilleux papa lui aussi. Nos deux enfants le lui témoigneront aujourd'hui. Moi aussi, une petite sortie est prévue avec lui pour aller acheter le dernier gadget de golf disponible!!!
Bonne fête des pères aussi à tout ceux qui ne sont pas les pères biologiques, mais qui agissent avec les enfants de leur femme comme si c'était les leurs. On en connaît de plus en plus et c'est important de leur dire à eux aussi.
On reconnecte plus tard...